Des larmes et de la douleur

J’étais pourtant positive. Très positive. Ma stimulation ne se passait pas comme d’habitude : habitée aux HSO, avant mon taux d’oestradiol grimpait dangereusement, même avec 75ui de puregon. A 150UI de Gonal, mon taux était inférieur à 800 il y a pile une semaine, le jour de mon déclenchement. La fatigue et mes malaises à répétition auraient dû m’alerter. Mon ventre qui gonflait aussi. On m’annonçait entre 9 et 11 ovocytes matures, comme pour la fiv 3, et vu le nombre d’embryons obtenus (9 beaux, donc 5 poussés à J5 qui n’ont pas tenus…) j’étais positive, optimiste. La culture prolongée ayant été abandonnée en staf, je savais que je pouvais avoir jusqu’à 7 embryons vitrifiés. En toute honnêteté, a tâton, évidemment,  j’y croyais vraiment.
Nous avions, la veille, passé une magnfique journée en amoureux : visite de Montmartre, nous avons même pour la première fois brûlé un petit cierge (dans la magnifique église St Pierre s’il vous plait).
Mercredi matin, c’est portée par un nuage de douceur (75mg d’@t@r@x) que je me suis rendue à Poissy, accompagnée de l’homme. Je craignais la ponction, à cause des douleurs ressenties sur l’ovaire malade (le droit, celui qui est enclavé et n’a plus de trompe), mais je savais que ça n’était l’histoire que de 5 minutes grand max. Chaque FIV est différente. Même si les deux premières étaient identiques, la troisième et la quatrième n’ont hélas rien eu à voir.
Déjà, contrairement à ma troisième ponction (première en AL et première à Poissy), le biologiste et le Gyneco qui assurent la ponction sont des hommes. Ce gynéco est jeune, semble très sur de lui, parle vite et ne sourit pas. Il m’accueille en colère parce que j’ai oublié ma pièce d’identité.
-« Mais enfin Mme, comment est-ce possible? »
J’avais envie de lui dire que j’étais venue avec mes ovaires et mon utérus, c’était bien là l’essentiel. Et qu’en assurant la ponction, il saurait qu’il s’agit bien de moi. Mais j’avoue, j’ai commencé à être mal à l’aise…
Sans que je ne comprenne pourquoi, les larmes sont très vite arrivées : le gynéco a d’abord commencé par m’annoncer que mes analyses montraient environ 8 follicules matures maximum entourés de 14 tous petits : vu la biopsie des globules polaires et le taux de « casse » qui m’avait été annoncé par W et la biologiste, j’ai commencé à avoir peur de n’avoir qu’un ou deux embryons. Je ne pleurais pas encore, me disant qu’il ne suffisait que d’un et que de toute façon le TEV n’avait rien donné, il n’y a qu’en frais que j’ai eu des BHCG… Alors que je me conditionne,  il m’achève en m’annonçant que ma progestérone était trop haute le jour de la dernière échographie, empêchant tout transfert frais.
J’ai essayé de rester positive, de respirer la lumière dorée et d’y croire, comme quelques minutes plus tôt. Mais j’ai été submergée par tout un tas d’émotions. Face à mes larmes le gynéco a commencé à être irrité et m’a lancé froidement et sèchement :
– « Vous préférez quoi, transférer et gâcher une tentative? Transférer c‘est comme les jeter par terre. ».
Je me suis sentie a la fois incomprise et profondément triste de voir mon corps me lâcher : petite récolte et transfert frais impossible. Mais j’ai aussi ressenti une profond dégoût envers cet homme indélicat. Le décor est planté, le cauchemar ne fait que commencer.
Alors que je tente de me calmer, de me raisonner et de respirer un bon coup au milieu des hoquets de mes sanglots, il m’achève en me disant :
– « Allez on respire et on est positive pour garder un bon souvenir de cette ultime tentative »
Une telle phrase se passe de tout commentaire…. Je trouve toute de même le courage (et la force) de ne pas lui cracher dessus et de lui expliquer que j’ai un ovaire malade, enclavé, que la si gentille gynécologue avait eu tant de mal à ponctionner la dernière fois…
Il m’écoute à moitié (je ne suis RIEN et je le sens) et me fait (soi disant) l’anesthésie, me rassurant en me disant que si j’ai mal comme la dernière fois il arrêtera pour m’endormir à nouveau.
Alors qu’il s’apprête à me ponctionner l’ovaire gauche, celui pour lequel je n’avais rien senti la première fois, il se rend compte qu’en fait j’ai presque 20 follicules matures et que j’ai un épanchement autour des ovaires : Hso (mais il ne me le dira qu’à la fin).
Il commence a me ponctionner et je hurle. Chaque follicule qui passe dans la seringue est une  torture. Chaque follicule ponctionné me fait l’impression d’une cigarette écrasée sur mon ovaire. Je hurle, je pleure, je me crispe, je ne respire plus. Il me dit froidement, irrité, de regarder l’écran, que j’ai plein de follicules, que c’est merveilleux. Mais autant vous dire que ça m’était égal. J’avais beau chercher cette put@in de lumière dorée tout est devenu irréel, inhumain.
-« Mais enfin ce sont des douleurs de règles »
Il n’était pas seul, contrairement à ma dernière ponction où seules étaient présente la gynéco, l’infirmière et la biologiste derrière son passe plat. Là il était assistée d’une gynéco souriante et avenante. Il faudra qu’elle lui tape sur l’épaule en lui criant (pour qu’il puisse entendre au delà des mes hurlements) de faire une pause pour qu’il arrête un peu. Nous finissons (enfin je le croyais) la ponction de l’ovaire soit disant anesthésié, et passons au droit. Je pense que l’anesthésie n’a pas fonctionné, car j’ai ressenti exactement la même chose qu’à gauche. Malgré la douleur, mes hurlements, mon envie de lui ponctionner les testicules en lui criant dessus, j’accepte d’aller au bout de la ponction de cet ovaire malgré les 10 follicules récoltés à gauche.
cauchemar II
Il m’annoncera, une fois l’ovaire droit ponctionné, qu’il a du laisser environ 5 follicules à gauche. Que 15 c’est déjà excellent. Qu’il ne comprend pas, que ce qu’il a vu lors de la ponction n’était pas du tout en corrélation avec mes contrôles échographiques.
Mes oreilles bourdonnent. Mes joues sont inondées de larmes. Je souffre comme je n’ai jamais souffert, je suis littéralement en enfer :  14/9 de tension et des hoquets de sanglots.
Il me dit donc avant de quitter la pièce et après m’avoir dit qu’il n’avait pas tout ponctionné parce que je suis une pauvre fille bien trop douillette :
– Vous allez ovuler »
Comment est-ce possible?…
On me raccompagne dans la petite pièce qui jouxte la salle de ponction. J’ai du mal à marcher, j’ai du mal à respirer. Je ne cesse de me répéter « c’est fini, c’est fini », mais rien n’y fait. Je ne peux pas arrêter de pleurer, je suis encore dans le cauchemar de mes hurlements, dans le souvenir de l’horreur… Malgré mes efforts… Le gynéco me rejoint dans la petite pièce, adouci, et me dit que je peux décider de transférer des embryons frais. Mais que le taux de réussite sera inférieur à 10%. Que je dois décider avant de partir (sous réserve de non aggravation de mon HSO), sans même connaitre le nombre d’embryons obtenus, le diagnostique de la biopsie du globule polaire… Hélas W était en congés… Et personne, malgré l’interdiction du gynéco, n’a réussi à le joindre…
Nous décidons alors avec l’homme de tenter un transfert frais à J2 tout en se disant qu’on le refuserait si après réflexion, nous décidions qu’il ne le fallait pas. Le temps de reprendre mes esprits, mes forces, de contacter Wonder B…
Je quitte Poissy déboussolée, j’oublie même d’aller faire mon bulletin de sortie. Je n’ai qu’une envie, profiter du soleil, boire un frappuccino, aller voir Notre Dame et manger des Dim Sun et des boules coco.
Outre la douleur (physique et mentale), le cauchemar n’est pas fini… Après manger, l’homme me dépose à la « maison des orchidées » repérée en allant à Notre Dame. Le temps qu’il aille récupérer la voiture, je vais dans les boutiques attenantes, et je craque sur une boite à musique qui joue « la vie en rose ».
La vendeuse qui m’encaisse est enceinte. Je prends sur moi. Jusqu’à ce qu’elle me dise après quelques sous-entendus :
– Et vous, votre terme est pour quand?
Je respire un grand coup et je réponds, la voix tremblante :
– Je ne suis pas enceinte… je viens de subir une ponction.
– Oh pardon… C’est que je vois tellement de femmes enceintes en ce moment (oh joie le monde est fertile LUI, j’avais oublié). Et ça s’est bien passé? me lance-t-elle avec un naturel et un sourire désarmant (je note toutefois qu’elle comprenait très bien ce dont je parlais et qu’elle était vraiment mal à l’aise malgré sa maladresse)
– Non pas vraiment… Merci et bonne journée.
J’ai eu si mal… J’ai pleuré si fort dans la voiture quand l’homme est venu me chercher… J’ai passé ma journée entre ténèbres et brouillard, à tenter de me ressaisir et à plonger dans des crises de larmes gigantesques… Je suis tombée tête la première dans ma douleur, je m’y suis noyée.
Jeudi la si gentille biologiste nous a appelés : sur 15 ovocytes, seuls 10 ont pu subir une biopsie du globule polaire (équivalent du fish frag sur les ovocytes : analyse de 5 chromosomes sur 23). Sur ces 10, la moitié présentait des anomalies chromosomiques : poubelle. Les 10 autres ont subi une imsi et ont donc été micro injectés. Pour l’heure nous avions 7 embryons.
Vendredi matin, elle nous accueille avec un grand sourire et beaucoup de bienveillance  et nous annonce les résultats :
Sur les 5 ovocytes analysés et a priori sains nous avons obtenu 5 embryons : 1 magnifique, deux beaux, et deux en retard. Nous décidons avec elle de vitrifier les trois beaux (dont le très beau tout seul, il fera l’objet du premier TEV) et de transférer les deux beaux mais en retard. Nous n’avons aucun regret car les deux embryons transférés ne pouvaient pas être vitrifiés.
Sur les 5 ovocytes non analysés nous avons obtenu deux embryons, qui vendredi étaient fragmentés et en retard. Ils ont été poussés jusqu’à samedi pour leur laisser une chance… Ce matin, la si gentille biologiste, qui n’était pas très optimiste, nous a confirmé qu’ils avaient arrêté leur développement.
La « bonne » nouvelle, c’est que la biopsie des globules polaires permet qu’une ouverture soit réalisée sur l’ovocyte : mes embryons, que ça soit les vitrifiés ou les transférés, sont « hatchés ». Peut-être que ça fera la différence, en plus (et non pas en dépit) de tout le reste.
Hope
C’est la Gyneco qui m’a fait ma dernière ponction et le transfert de mon tev qui a assuré notre transfert. Elle a nuancé les propos de l’autre Gyneco (jugé de trop sur de lui par la si gentille biologiste) en disant que ma progestérone était à 1,5 au déclenchement ce qui est leur limite, et que mon endomètre n’était pas si mal. Que les embryons transférés pouvaient s’accrocher… Et qu’il serait hasardeux d’avancer des statistiques…

Je me remets doucement de mon HSO, de mes émotions de mercredi qui a été de loin l’une des pires journées de ma vie.

Le moral est revenu dans son état d’avant : l’anesthésie. Je ne vais ni bien ni mal, je suis en pilote automatique. Je n’ai pas versé une larme depuis mercredi. Mais je sens que je suis en colère… Je me sens à fleur de peau…
Il y a je crois, le fait de voir mon rêve s’éloigner de plus en plus. J’avais l’impression de réaliser que c’était ma dernière tentative mais avec du recul je ne sais pas vraiment ce que je pensais, ni ce que je ressentais. Mercredi j’ai vécu une journée affreuse, sur tous les plans et j’ai comme pris la réalité en plein visage : oui je vais voir les autres réaliser mon rêve et je resterai sur le bord de la route le cœur en miettes, ma place attitrée depuis 5 ans déjà. Comme c’est dur et comme c’est injuste.
Je suis si triste d’avoir dû traverser tout ça, d’avoir mis ma vie entre parenthèse pendant 5 longues années (mais franchement je pense avoir fait de mon mieux…..) et surtout de constater que la petite flamme qui était en moi s’est presque éteinte (comme tu l’as dit si justement Violette… <3) … Je ne me sens pas pleine de vie comme par le passé mais je me console en me disant aussi que j’ai profité à fond de ma vie avant. Et que ça reviendra sûrement… Mais j’avoue surtout être paralysée par la peur, car j’ai déjà un lourd deuil a faire et je sais que ça n’est que le début, car d’autre grands chagrins vous venir jalonner ma route… Je suis si angoissée à l’idée de perdre mes proches. Et j’ai si peur de ne pas réussir à supporter ces nouvelles épreuves.. Parfois quand le téléphone sonne a des heures tardives j’angoisse, à l’idée qu’une mauvaise nouvelle puisse venir détruire le fragile équilibre que je cherche tant bien que mal à reconstruire.
paumee
Je me sens éteinte, mais j’avance quand même. Depuis notre retour, nous avons fait de nouveaux aménagements dans notre salle de bain, je plante des fleurs et des arbres dans mon jardin et je range mes placards… De l’ordre des couleurs autour de moi comme pour m’aider à remettre de l’ordre et de la vie dans mon âme ?… Ça ne sert peut être à rien mais le temps passe plus vite et j’ai la satisfaction de régulièrement me dire que j’aime ma maison, quelle est belle et que je m’y sens bien. Voilà quelque chose de tangible et que je réussis, je pense, à construire.
underconstruction
Malgré tout, je monte vite dans les tours avec l’homme. Je lui en veux de me traiter comme d’habitude, de ne pas chercher à être plus patient après ce tsunami… Il n’était pas assez près de la salle de ponction pour entendre mes hurlements, et quelque part, est-ce malsain?… J’aurais aimé qu’il les entende pour être plus patient, plus doux… Et avoir de l’estime pour tout ce que j’ai dû traverser tout en restant encore debout (et sincèrement parfois je me demande comment….).
isolement
Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je ne sais pas si cette FIV marquera le début d’un grand bonheur ou la fin d’une étape. Je rêve toujours de matins qui chantent, de voir cette petite flamme vive et incandescente renaitre de ses cendres, quoi qu’il arrive. Step by step…
vivre 2
Publicités
Cet article, publié dans Coup de blues, FIV IMSI GP, GEMA, PMA, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

158 commentaires pour Des larmes et de la douleur

  1. Moineau dit :

    O-M-G ! P*t**n des toubibs comme ça ne devraient pas exister…
    /hug

    Aimé par 1 personne

  2. Violette dit :

    J’espère que nous retrouverons un jour nos petites flammes…
    Je pense à toi, et je croise du plus fort que je peux. ❤

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : La cruauté des symptômes | Carotte en PMA

Free hugs accepted (et les commentaires aussi ^^)

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s